Pommes de terre : répartir l’apport d’engrais azoté en deux

Pommes de terre : répartir l’apport d’engrais azoté en deux

Vous cultivez des pommes de terre et vous cherchez à mieux gérer l’apport d’azote ? Une approche innovante promet de fractionner la fertilisation en deux apports, pour coller plus précisément aux besoins de la plante et réduire les pertes. Voici ce qu’il faut retenir.

Pourquoi fractionner l’apport en azote ?

La pomme de terre absorbe beaucoup d’azote pendant une courte période de croissance rapide. Cette phase survient généralement en juin. Si tout l’azote est mis en place dès la plantation, une partie peut ne pas être valorisée. Fractionner la dose permet d’ajuster l’apport au moment où la plante en a vraiment besoin.

Autre avantage : une gestion plus précise peut diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Pour des filières en quête de labels ou pour des consommateurs sensibles à l’empreinte carbone, cela compte.

Le modèle Ferti-Adapt pour pommes de terre

Arvalis a développé un modèle de pilotage inspiré du dispositif lancé sur blé. Il s’appuie sur des images acquises par des capteurs embarqués sur satellites ou drones. Ces images multispectrales permettent d’évaluer l’état nutritionnel de la culture entre 25 et 40 jours après la levée, selon les conditions météo.

Trois indicateurs clés

Le modèle combine trois mesures pour établir un diagnostic :

  • la teneur en chlorophylle, reflet direct de la nutrition azotée ;
  • le taux de couverture au sol, qui renseigne sur la surface foliaire active ;
  • la densité du feuillage, indicateur de vigueur et de potentialité d’absorption.

Acquisition des données et moment d’analyse

Les images multispectrales sont prises par satellite ou drone. L’analyse a lieu entre 25 et 40 jours après la levée. Cela correspond au moment où la demande en azote monte vite. Le modèle estime ainsi si un complément est nécessaire.

La règle de mise en réserve : 40 kg N/ha

La méthode retenue prévoit une mise en réserve systématique de 40 kg N/ha lors du premier apport. Ce chiffre reste identique quelle que soit la dose prévisionnelle calculée selon la méthode bilan du Comifer.

Ensuite, le modèle calcule un complément adapté aux conditions de l’année et au développement observé. Ce complément peut être nul. Il peut aussi atteindre 40 à 80 kg N/ha si la culture a mal valorisé l’azote initial ou si l’incertitude est grande dans le bilan.

Exemples pratiques

Voici deux scénarios pour visualiser la logique :

  • Scénario 1 : bilan prévisionnel 120 kg N/ha. Mise en réserve 40 kg N/ha. Le modèle juge que la valorisation est bonne. Complément recommandé : 0 kg N/ha. Dose finale : 40 kg N/ha.
  • Scénario 2 : bilan prévisionnel 160 kg N/ha. Mise en réserve 40 kg N/ha. Croissance rapide et faibles réserves. Complément estimé : 80 kg N/ha. Dose finale : 120 kg N/ha.

Freins organisationnels et fenêtre d’intervention

Un obstacle majeur reste l’organisation des exploitations. Traditionnellement, un seul apport est réalisé au moment de la plantation, souvent en avril. La levée intervient en mai. La période critique en juin est aussi chargée en traitements contre le mildiou.

La fenêtre pour ce second apport est courte. Elle dure au maximum 15 à 20 jours selon la variété et la dynamique. Il faut donc concilier optimisation physiologique et contraintes de gestion du parcellaire.

Résultats des essais et perspectives

Le modèle est testé sur un réseau de 30 parcelles d’agriculteurs en partenariat avec des coopératives et des industriels. Il est intégré à l’outil de pilotage Farmstar. Les premiers résultats 2024–2025 sont encourageants.

  • Aucune baisse de rendement n’a été constatée sur la période d’essai.
  • Sur 60 % des parcelles suivies, les 40 unités d’azote mises en réserve ont pu être économisées.

Les essais se poursuivent pour consolider ces tendances. L’outil pourrait être disponible à grande échelle en 2027.

Ce que cela signifie pour vous

Si vous êtes producteur, voici quelques conseils opérationnels :

  • Planifiez un apport initial de 40 kg N/ha au semis ou à la plantation.
  • Préparez une stratégie logistique pour une seconde intervention possible 25–40 jours après la levée.
  • Collaborez avec votre coopérative ou votre conseil technique pour intégrer des images multispectrales via Farmstar ou autre plateforme.
  • Anticipez la période de traitements mildiou. Cherchez à combiner passages ou à déléguer une intervention au moment opportun.

En résumé

Fractionner l’azote avec une mise en réserve de 40 kg N/ha et un complément piloté par images multispectrales offre un meilleur ajustement à la demande de la plante. Les premiers essais montrent qu’il est possible d’économiser de l’azote sans perdre de rendement. Reste à résoudre les contraintes pratiques de calendrier. Mais l’outil semble prometteur pour réduire les coûts et l’empreinte carbone tout en sécurisant les rendements.

4/5 - (29 votes)

Auteur/autrice

  • Je suis horticultrice spécialisée en jardins ornementaux et potagers urbains, diplômée en production horticole à VetAgro Sup. J’ai plus de 12 ans d’expérience en pépinière et en conception de jardins pour particuliers et maisons de campagne. J’ai accompagné de nombreux projets de rénovation extérieure où le jardin structure l’ambiance de la maison au fil des saisons. Ma spécialité : associer plantes faciles d’entretien et solutions écologiques concrètes pour les jardiniers amateurs exigeants. Ici, je partage mes essais au jardin, mes retours d’expérience terrain et des conseils pratiques que j’applique chaque jour chez moi.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *