Cette année, vous avez peut‑être remarqué des plants de colza qui ne ressemblent pas aux autres. Des fleurs devenues vertes, des siliques plates sans graines, parfois des plants plus ramifiés et plus hauts : ce sont des signes de phyllodie, aussi appelée jaunisse de l’aster. Plusieurs régions — notamment le Centre‑Val de Loire et la Bourgogne — signalent des cas. Respirez : l’impact global reste généralement faible. Mais comprendre le phénomène reste utile pour bien réagir.
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Qu’est‑ce que la phyllodie ?
La phyllodie est une maladie causée par un phytoplasme. Il s’agit d’un microorganisme apparenté aux bactéries, sans paroi ni forme fixe. Il modifie le développement des fleurs : les pétales se transforment en structures foliacées et les organes reproducteurs se déforment. Visuellement, la plante garde une teinte verte plus longtemps que les plants sains.
Comment le phytoplasme se propage
La transmission se fait principalement via des insectes piqueurs‑suceurs. Les cicadelles jouent le rôle d’auxiliaires : elles se contaminent en piquant une plante infectée, puis infectent les plantes suivantes en se nourrissant. En parallèle, l’existence d’un réservoir multiple — plantes sauvages ou cultivées, annuelles ou pérennes — facilite la persistance du phytoplasme dans le paysage.
Une contamination par les semences est également fortement suspectée. Les chercheurs n’excluent donc pas que des lots de semences puissent transporter le phytoplasme d’une année à l’autre, même si la preuve définitive reste à établir.
Quels symptômes observer dans vos parcelles
La maladie devient visible pendant la floraison. Voici les signes à repérer :
- Plantes plus hautes que la moyenne sur quelques pieds.
- Prolifération de branches : une ramification plus dense que d’habitude.
- Fleurs transformées : pétales verts ressemblant à des feuilles (phyllodie).
- Siliques anormales : certaines paraissent plates et n’accueillent pas de graines ; d’autres contiennent des graines déformées.
- Feuillage vert persistant alors que les plants sains virent au brun à maturité.
Impact réel sur le rendement
Heureusement, la proportion de plants affectés est en général faible. Dans les parcelles concernées, on observe rarement plus de 10 % de pieds atteints. Terres Inovia note un impact limité sur la production. Pour donner un ordre d’idée chiffré, une étude canadienne indique que chaque pourcentage de plantes touchées pourrait se traduire par environ 0,3 à 0,7 % de perte de rendement. Autrement dit, une faible incidence ne signifie pas une perte significative.
Faut‑il intervenir ? Conseils pratiques
Aucun traitement spécifique n’est recommandé systématiquement. Voici toutefois quelques gestes prudents que vous pouvez adopter :
- Surveillez vos parcelles lors de la floraison. Repérez et notez la répartition des plants symptomatiques.
- Limitez les populations de plantes réservoir autour des cultures quand cela est possible. Évitez les couverts trop denses d’espèces hôtes identifiées.
- Si vous observez de nombreux cas d’une année sur l’autre, pensez à vérifier l’origine des semences et à privilégier des lots contrôlés.
- Adoptez une stratégie de lutte intégrée contre les vecteurs si les cicadelles deviennent très abondantes, en concertation avec votre conseiller agronomique — mais n’appliquez pas d’insecticide systématique pour chaque foyer isolé.
- Documentez et signalez les observations à votre organisme technique local. Un suivi régional aide à mieux cartographier la maladie.
Que retenir ?
La phyllodie du colza crée des symptômes spectaculaires mais, dans la majorité des cas, touche peu de plants et n’entraîne qu’une perte de rendement limitée. Restez vigilant pendant la floraison, identifiez les signes caractéristiques et adaptez vos pratiques sans panique. En cas d’épidémie locale importante ou de réapparition sur plusieurs années, impliquez votre conseiller pour envisager des actions ciblées et limiter la propagation.


