Vous en avez assez de dépendre du glyphosate, mais vous ne voyez pas bien par quoi le remplacer sans mettre votre ferme en danger ? Dans la Meuse, un agriculteur a fait un choix clair : il remplace l’herbicide par des passages de vibroculteur avant semis, surtout à l’automne, d’abord pour protéger l’environnement. Sa méthode reste simple, réaliste, et peut vous inspirer si vous voulez, vous aussi, réduire la chimie sans basculer dans l’inconnu.
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Réduire le glyphosate : une décision avant tout environnementale
Sur son exploitation de 135 hectares, cet agriculteur a pris une position nette. Pour lui, limiter le glyphosate, ce n’est pas une mode, c’est un engagement. Il veut réduire au maximum les résidus de produits chimiques dans les sols et l’eau, et préserver la vie du sol.
Il ne se raconte pas d’histoires pour autant. Il garde le glyphosate en « filet de sécurité » quand la situation se complique vraiment. Mais ce n’est plus l’outil de base. C’est un recours exceptionnel, quand les passages mécaniques échouent et que les adventices menacent le semis.
La stratégie de base : déchaumage + vibroculteur avant les semis d’automne
Son levier principal, c’est un enchaînement très simple. Avant un semis d’automne (blé, orge, colza), il évite presque toujours le glyphosate. Il commence par un déchaumage derrière la récolte. Cela casse les repousses de la culture précédente et stimule une première levée d’adventices.
Ensuite, il passe le vibroculteur une à deux fois, à une profondeur de 6 à 7 cm. Ce travail superficiel sectionne les jeunes plantes, déracine les levées et nettoie la surface. L’idée n’est pas de bouleverser tout le profil de sol. C’est un « faux-semis » répété, qui épuise les réserves de graines à la surface.
La météo, le vrai juge de paix
Sa méthode a un point clé que l’on oublie souvent. Après les passages de vibroculteur, il lui faut quelques jours secs. Sans pluie, les adventices arrachées sèchent en surface. Elles ne repartent pas et ne se repiquent pas. En automne, dans la Meuse, ces fenêtres sont fréquentes.
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Quand il obtient 3 à 5 jours de temps sec avec des températures autour de 20–25 °C, le nettoyage est très efficace. Le sol croûte légèrement, la surface reste propre, et il peut implanter ses céréales sans herbicide. C’est là que l’anticipation météo devient une vraie compétence d’agronome.
Quand il accepte malgré tout de reprendre le glyphosate
Bien sûr, tous les automnes ne se ressemblent pas. Quand les pluies s’enchaînent, le déchaumage et le vibroculteur ne suffisent plus. Les repousses repartent, les vivaces résistent. Dans ce cas, il préfère sécuriser le semis plutôt que de tout rater pour une question de principe.
Il applique alors un glyphosate à dose mesurée. Sa référence pratique : environ 1,3 l/ha d’un produit à 360 g/l de matière active. Il sème son blé entre le 25 septembre et le 15 octobre. Tant qu’il peut rester en tout mécanique, il le fait. Mais il accepte ce traitement chimique comme ultime recours, pas comme automatisme.
Au printemps : la même logique, adaptée aux conditions
Au printemps, la stratégie reste la même. Si les adventices sont encore gérables et que les terres portent bien, il planifie un passage de vibroculteur une semaine avant semis. Il vise en général la période du 25 février au 15 mars.
Son vibroculteur, un modèle de 7 m de large (marque Kockerling), avance vite. Il peut couvrir 5 à 6 hectares par heure. Cet élément compte beaucoup. Plus vous avancez vite, plus vous pouvez profiter d’une courte fenêtre météo sans courir après le temps.
Détruire les couverts et gérer l’interculture sans glyphosate
Entre deux cultures, il mise aussi sur la mécanique. Ses couverts d’interculture sont détruits sans glyphosate dès la fin octobre ou le début novembre. Il commence par un broyage fin pour uniformiser la végétation et accélérer le dessèchement.
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Ensuite, il choisit l’outil en fonction de l’état des sols. Si c’est gras, il utilise un outil à dents type Kockerling Trio. Si les conditions sont plus souples, il passe un déchaumeur à disques comme un Horsch Joker. Avant et après cette destruction, il n’hésite pas à redéchaumer pour maîtriser les dernières levées d’adventices.
Un choix qui coûte du temps… mais qui a du sens
Il ne cache pas l’aspect économique. Remplacer un traitement de glyphosate par plusieurs passages de vibroculteur, c’est plus d’heures, plus de GNR, plus d’usure de dents et de roulements. À court terme, le calcul financier est discutable.
Pour lui, ce n’est pas une opération rentable au sens strict. Il le fait parce qu’il veut réduire l’empreinte chimique de sa ferme, point. Il voit ce surcoût comme un investissement environnemental. Un pari sur la qualité de ses sols, de l’eau, et sur l’image de son métier.
S’appuyer sur un réseau pour progresser
Pour ne pas être seul face à ses essais, il a intégré il y a une dizaine d’années un groupe Ecophyto – fermes Dephy, suivi par la chambre d’agriculture de la Meuse. Cela lui a permis de comparer ses résultats, de mesurer ses IFT, et de corriger certains points.
Le bilan est contrasté mais encourageant. Son indice de fréquence de traitement hors herbicides a bien baissé. L’IFT herbicide reste encore élevé, car il reste des impasses techniques sur certaines flores. Mais l’usage spécifique du glyphosate, lui, a fortement reculé. Et c’était son premier objectif.
Un système de cultures concret derrière la méthode
Son exploitation reste très représentative d’un système de grandes cultures de la région. Il travaille sur 135 ha au total, avec une rotation basée sur du blé tendre (40 ha), de l’orge de printemps (30 ha), de l’orge d’hiver (20 ha), du colza (25 ha), des pois de printemps (10 ha) et un peu de tournesol.
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Les sols sont superficiels, argilo-calcaires et caillouteux. Bref, pas forcément les plus simples pour multiplier les passages d’outils. Et pourtant, même dans ce contexte un peu contraignant, il arrive à réduire nettement le glyphosate grâce au vibroculteur et à une surveillance serrée des fenêtres météo.
Envie d’essayer chez vous ? Quelques repères concrets
Si vous envisagez de suivre cette voie, vous n’êtes pas obligé de tout bouleverser en une saison. Vous pouvez commencer petit, tester, ajuster. Voici quelques conseils issus de son expérience.
- Profitez au maximum des fenêtres sèches d’automne. Trois à cinq jours sans pluie, c’est souvent là que tout se joue.
- Restez en travail superficiel. 6 à 7 cm de profondeur suffisent dans la majorité des cas pour couper levées et repousses.
- Programmez la destruction mécanique des couverts entre fin octobre et début novembre, avec broyage puis outil à dents ou à disques selon l’humidité.
- Acceptez dès le départ plus de passages et un surcoût matériel. Considérez-le comme un choix de fond, pas comme un simple test de coût.
- Rejoignez si possible un groupe technique type Ecophyto ou un GIEE. Le retour d’expérience collectif fait gagner plusieurs années.
Avancer pas à pas vers moins de glyphosate
Ce témoignage montre bien une chose. Vous pouvez réduire fortement le glyphosate sans tomber dans une théorie déconnectée du terrain. Cela demande du temps, de l’observation, et l’acceptation de garder un peu de chimie en dernier recours.
Si vous voulez tenter le virage, commencez par quelques parcelles. Choisissez des sols où le travail mécanique se fait bien, et une culture un peu « souple » en date de semis. Testez un itinéraire avec déchaumage + vibroculteur, notez tout, ajustez. Petit à petit, vous trouverez l’équilibre qui vous convient, entre maîtrise des adventices, charge de travail, et impact sur l’environnement.


